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13 mai 2021

Silas : Il est temps de réimaginer le vieillissement au Canada

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« Dans l’avenir, pour assurer la santé et le mieux-être des aînés, il faudra réimaginer complètement notre approche pour dispenser des soins aux personnes âgées. »

Par Linda Silas | présidente de la FCSII

Au moment de célébrer la Semaine nationale des soins infirmiers en période de pandémie mondiale, plusieurs personnes au Canada reconnaissent les succès et les sacrifices des infirmières et des infirmiers qui déploient des efforts inlassables pour prendre soin de nos êtres chers, y compris nos aînés les plus vulnérables.

Nous savons depuis plusieurs années que la population canadienne vieillit rapidement et que nous devons surmonter des défis importants pour assurer l’accès à des soins de grande qualité à toutes les personnes qui avancent en âge.

Plusieurs de ces défis sont le résultat direct de décennies de sous-financement et d’un régime de réglementation fragmenté. La mosaïque actuelle de services, et la dépendance aux soins à but lucratif dans plusieurs régions du pays, se sont traduits en escalade des coûts, établissements inadéquats, dotation insuffisante, et peu de mesures de protection pour assurer la santé et la sécurité des résidents et des travailleurs.

L’été dernier, les Forces armées du Canada ont publié des rapports troublants sur les conditions qui sévissaient dans plusieurs établissements privés, et à but lucratif, de soins de longue durée au Québec et en Ontario lors de la première vague de COVID-19.

Le public canadien et les décideurs ont été choqués par ces rapports mettant en relief les conditions déplorables de beaucoup trop de personnes âgées. La triste réalité, toutefois, c’est que ces problèmes ont persisté pendant des décennies loin des feux de l’actualité.

La tragédie qui s’est dénouée dans le secteur des soins de longue durée pendant la pandémie de COVID-19 a été le point culminant d’une approche qui, depuis longtemps, a fait passer les profits avant les personnes, et du non-respect, par trop d’employeurs, des normes de bases du travail et des soins afin de grossir leur résultat net. Le défi est tellement grand qu’il est impossible pour les travailleurs – souvent des femmes racialisées – de dispenser des soins de qualité dans un contexte de ratios de dotation inadéquats, de ressources limitées et de peu de protections dans le milieu de travail.

Cela aurait dû servir de sonnette d’alarme aux gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux.

Des normes nationales robustes encadrant les soins de longue durée se font attendre depuis trop longtemps, et elles doivent être mises en œuvre grâce à un processus coercitif, par exemple une législation fédérale.

Le vieillissement de la population et le besoin grandissant de services de soins sont des enjeux mondiaux. D’autres pays se montrent à la hauteur et dispensent des soins de qualité aux aînés. Le Canada peut et doit faire de même.

Une partie de la santé et de la prospérité économique de notre nation dans l’avenir va dépendre de la façon de relever le défi. Il faudra le faire avec une vision à long terme, de façon coordonnée et viable, et qui favorise la santé physique et psychologique des personnes âgées.

Nous savons que la plupart des personnes au Canada veulent vieillir dans leur propre domicile et collectivité et, lorsque des soins supplémentaires sont nécessaires, avoir accès à des endroits sûrs et d’ambiance chaleureuse où elles seront traitées avec respect et dignité. C’est logique sur le plan social et économique. Toutefois, plusieurs adultes âgés au Canada ont peu d’options leur permettant de vieillir en santé dans leur collectivité.

Pour que cela devienne une réalité, nous devons adopter une approche intégrée selon laquelle les soins s’inscrivent dans un continuum de services répondant aux besoins variés et aux capacités des aînés.

L’acuité des besoins du patient est une partie cruciale des soins dispensés aux personnes âgées. On parle ici de l’état de santé physique et psychologique du patient ou résident, plus précisément, l’évaluation de la gravité de la maladie du patient et de la quantité de soins infirmiers requis.  Les données actuelles font état d’un niveau minimal de dotation entre 4,1 et 7,44 heures par résident, par jour, selon l’acuité des besoins du patient ou résident.

Le personnel infirmier peut confirmer que l’acuité et la complexité des besoins des patients augmentent de façon constante depuis des décennies et que peu d’ajustements ont été faits dans les établissements et les niveaux de dotation. Bref, les personnes du Canada vivent plus longtemps mais notre approche du vieillissement ne s’est pas adaptée aux besoins changeants de cette population.

Notre système n’a pas la souplesse nécessaire pour adapter les heures disponibles de soins infirmiers aux changements dans l’acuité des besoins des patients, ni la volonté politique pour élaborer des systèmes qui harmonisent les niveaux de dotation aux besoins des patients et des résidents.

Le vieillissement étant une réalité inévitable, il est peu logique pour les gouvernements d’éviter le problème ou de confier la responsabilité des soins aux aînées à des entreprises privées à but lucratif dont la motivation ultime est de générer des profits pour leurs actionnaires.

Dans l’avenir, pour assurer la santé et le mieux-être des aînés, il faudra réimaginer complètement notre approche pour dispenser des soins aux personnes âgées.

Les personnes au Canada vivent plus longtemps et c’est pourquoi, au moment de célébrer la Semaine nationale des soins infirmiers, nous devons nous engager de nouveau à leur offrir une meilleure qualité de vie.

La Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et infirmiers demande aux gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux de se joindre au personnel infirmier, travailleurs de la santé et principaux acteurs du secteur de la santé pour réexaminer comment nous prenons soin de nos aînés, et d’investir dans les stratégies novatrices et les pratiques exemplaires pour que le Canada devienne tête de file des soins aux aînés, aujourd’hui et dans l’avenir.

Nos êtres chers ne méritent rien de moins.

Visionnez le groupe de discussion en direct de la FCSII, Le vieillissement réimaginé.