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20 mars 2020

Protégez nos infirmières et nos infirmiers!

Coronavirus
covid19

L’article suivant a été rédigé par Barb Wahl, ancienne présidente de l’Association des infirmières et infirmiers de l’Ontario.

En 2003, Toronto est frappée par le SRAS, un coronavirus. La ville affiche la deuxième plus importante éclosion de SRAS dans le monde. Des patients et des travailleurs de la santé sont tombés malades et deux infirmières sont mortes.

Beaucoup de discussions tournaient autour du mode de transmission du SRAS. La sagesse conventionnelle suggérait une transmission par contact avec de grosses gouttelettes. D’autres suggéraient de plus petites gouttelettes en suspension dans l’air et inhalées. Personne n’était certain. Le personnel infirmier doit, bien sûr, être à proximité des patients – se pencher, soulever, leur parler dans l’oreille – et toute gouttelette expulsée par un patient pouvait facilement se loger sur le visage de l’infirmière. Tout éternuement d’un patient souffrant du SRAS pouvait devenir létal. L’Association des infirmières et infirmiers de l’Ontario savait que pour assurer la sécurité du travailleur et du patient, le personnel infirmier devait être protégé par un masque empêchant l’inhalation du virus. La norme minimale pour le personnel infirmier était un masque facial homologué N95.

À l’automne, après la fin de l’épidémie de SRAS, et à la demande du personnel infirmier, des médecins et autres fournisseurs de soins, une enquête approfondie a été faite sous la direction du juge en chef Archie Campbell. Dans son rapport final, il dénonce le système de soins de santé de l’Ontario et son incapacité à protéger les infirmières et les infirmiers de première ligne. Le rapport comprend aussi plusieurs recommandations. Le juge Campbell écrit que devant l’incertitude scientifique, le principe de précaution (privilégier la prudence) doit être suivi. Une conséquence importante s’ensuit pour assurer la sécurité du personnel infirmier de l’Ontario : à partir de ce moment, chaque infirmière et infirmier de l’Ontario doit se soumettre à un test d’ajustement d’un respirateur N95 qui sera à sa disposition dès qu’elle ou il en aura besoin.

Un saut en avant de 17 ans nous amène au COVID-19 : un coronavirus très contagieux et très similaire au SRAS original. Encore une fois, certains affirment que ce nouveau virus se transmet par gouttelettes. De plus en plus de données suggèrent qu’il pourrait aussi se transmettre par voie aérienne. Je ne vais pas contredire la science. Mais, lorsque vous considérez le fait que, de façon routinière, le personnel infirmier se penche pour s’approcher du patient, le soulève, etc., un masque chirurgical ne protégera pas les voies respiratoires d’une infirmière se tenant aussi près d’un patient infecté.

Encore une fois, les décideurs affirment que les masques chirurgicaux sont adéquats mais les infirmières savent que c’est faux. Les travailleurs paramédicaux des services d’urgence portent des masques N95, des blouses, des gants et des lunettes protectrices. Nous devons aussi fournir à chaque infirmière un masque N95 pour les protéger de tout patient pouvant être porteur du virus. Il serait sage aussi de mettre un masque chirurgical au patient pendant qu’il reçoit des soins. Mais fournissez au personnel infirmier le masque N95 dont il a besoin pour protéger les voies respiratoires. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre une autre infirmière.

Barb Wahl, ancienne présidente, Association des infirmières et infirmiers de l’Ontario