Cet article d’opinion a été publié initialement dans The Hill Times le 11 février, 2026.
Les soins de santé sont un droit de la personne
Le gouvernement fédéral ne peut pas laisser la privatisation éroder l’accès au système public.
Par Linda Silas, présidente de la FCSII
Les Canadiens s’inquiètent à juste titre de l’accès aux soins de santé. Les longues attentes, les interventions chirurgicales retardées et annulées et la difficulté à trouver des soins de santé primaires ne sont plus des problèmes isolés. Ils sont une réalité quotidienne.
À mesure que la population canadienne vieillit et que la demande dépasse la croissance de la main-d’œuvre en santé, l’accès aux soins devient plus fragile. Au lieu de renforcer le système public et d’investir dans des soins de longue durée sécuritaires et publics pour répondre aux besoins croissants, les gouvernements provinciaux se tournent vers la prestation privée à but lucratif. Cela met en péril l’accès équitable et opportun et menace l’avenir des soins de santé publics au Canada.
Il est temps que le gouvernement fédéral agisse pour protéger notre système de santé.
Les infirmières, les infirmiers et les travailleurs de la santé soulignent le sous-effectif chronique et les charges de travail dangereuses comme les enjeux les plus urgents dans le domaine des soins de santé de notre pays. Les choix politiques qui canalisent des fonds publics vers la privatisation aggravent ces pressions.
Les conséquences se font déjà sentir au chevet du patient.
Les employeurs publics ne peuvent rivaliser avec les taux et les conditions des agences privées de dotation en personnel infirmier, ce qui fait en sorte que des postes permanents restent vacants. Les agences de dotation en personnel infirmier à but lucratif coûtent des milliards aux contribuables chaque année. Pourtant, cette approche n’ajoute pas de capacité durable, et le personnel infirmier du système public fait toujours face à des charges de patients écrasantes et à la détresse morale.
Plusieurs infirmières et infirmiers quittent entièrement la profession en raison de la pression soutenue. Plus d’une infirmière sur trois au Canada dit qu’elle envisage de quitter son emploi ou sa profession parce que les conditions dans le système public sont devenues intenables.
À mesure que la dotation en personnel se détériorera, nous observerons des attentes plus longues, une réduction des services et une aggravation des inégalités dans l’accès aux soins, en particulier dans les collectivités rurales, éloignées et mal desservies.
Parallèlement, les provinces élargissent la prestation privée de soins. Le gouvernement de l’Ontario, par exemple, a annoncé son intention d’externaliser 50 % des chirurgies et des tests diagnostiques à des cliniques privées. Des propositions semblables émergent ailleurs au pays, y compris en Alberta, où le gouvernement a manifesté son intérêt à créer un compte d’épargne pour soins de santé qui obligerait les gens à payer les soins de leur poche.
Les chirurgies de la cataracte ont lieu dans des cliniques privées en Nouvelle-Écosse, les diagnostics sont effectués dans des cliniques privées en Saskatchewan, et les programmes extramuraux et Maillons Santé au Nouveau-Brunswick sont gérés par une société privée à but lucratif.
Cette externalisation ne résout toujours pas les problèmes de capacité. La liste d’attente pour une IRM en Saskatchewan a doublé de 2015 à 2019 malgré les efforts du gouvernement pour prolonger les heures et permettre les scintigraphies payantes.
Partout au pays, les patients doivent de plus en plus payer pour des produits améliorés, des honoraires forfaitaires, des tests, des dépistages, et plus encore. Ensemble, ces changements témoignent d’une érosion constante de la prestation publique des soins de santé et d’une menace croissante ouvrant la porte à un accès à deux vitesses.
Les risques de privatisation sont particulièrement graves dans le domaine des soins de longue durée.
La pandémie a révélé les conséquences mortelles de la privatisation des soins de longue durée. Pendant la COVID-19, les résidents des établissements de soins de longue durée à but lucratif étaient significativement plus susceptibles de contracter le virus et d’en mourir que les résidents des établissements sans but lucratif. Pourtant, peu de mesures ont été prises pour aborder les risques dans les soins de longue durée privés.
Les niveaux de dotation sont un facteur clé lié aux résultats pour les patients. Les établissements de soins de longue durée à but lucratif comptent 17 % moins de personnel que les établissements sans but lucratif. Le personnel infirmier réclame des niveaux de dotation sécuritaires et des fonds destinés aux soins, et non au profit.
Le gouvernement fédéral devrait faire progresser la loi promise sur les soins de longue durée sécuritaires qui exigerait le respect des normes nationales comme condition pour recevoir un financement fédéral.
La transparence est également menacée. Les cliniques privées opèrent souvent en vertu d’ententes de confidentialité qui cachent la somme de fonds publics dépensée et ce que les Canadiens obtiennent en retour.
Ottawa devrait établir des accords conditionnels de financement en santé qui obligent les provinces et les territoires à démontrer comment les fonds fédéraux sont utilisés pour recruter, maintenir en poste et appuyer le personnel infirmier permanent dans le système public. Il devrait également interdire l’utilisation du financement fédéral en santé pour des initiatives privées de soins de santé, tout en finançant les provinces grâce à la transition vers l’abandon des agences de dotation en personnel infirmier.
Le gouvernement fédéral doit également évaluer si le recours des provinces aux agences est compatible avec les principes d’administration publique et d’accessibilité énoncés dans la Loi canadienne sur la santé. Des examens de conformité plus rigoureux et des conséquences plus sévères lorsque les provinces autorisent la prestation privée sont nécessaires de toute urgence.
Les enjeux ne pourraient pas être plus élevés. Les données probantes internationales montrent que les pays où les niveaux de soins à but lucratif sont plus élevés ont de pires résultats en matière de santé, y compris des taux de mortalité plus élevés. Lorsque le profit joue un rôle plus important dans les soins, les gens tombent entre les mailles du filet.
Le système public de soins de santé du Canada a été construit sur la promesse que les soins devraient être offerts en fonction des besoins, et non de la capacité à payer. Cette promesse est maintenant menacée.
Le système public de soins de santé du Canada mérite d’être protégé. Chaque année, le gouvernement fédéral dépense des centaines de milliards de dollars en soins de santé, ce qui représente environ 12 % du PIB du Canada. Cet investissement doit renforcer les soins publics. Si l’investissement public n’est pas priorisé maintenant, les Canadiens risquent de perdre ce qu’ils considèrent comme le plus important : l’accès opportun et équitable aux soins. Perdre l’accès, c’est plus que perdre une institution publique prisée, cela peut signifier de perdre la vie.
Les décisions de financement prises maintenant détermineront si les Canadiens continueront d’avoir accès aux soins de santé publics dans la pratique, et pas seulement en théorie. Les décideurs politiques doivent choisir de renforcer les soins de santé publics dès maintenant, avant que l’accès ne soit perdu.